Avec Tidjane Thiam, l’histoire politique de la Côte d’Ivoire semble se répéter. En 2011, Nicolas Sarkozy a été un acteur clé dans l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara. Il l’a soutenu militairement et diplomatiquement face à Laurent Gbagbo. Aujourd’hui, Emmanuel Macron semble jouer un rôle similaire en faveur de Tidjane Thiam, figure de l’opposition et candidat déclaré du PDCI à la présidentielle de 2025.
Côte d’Ivoire : Emmanuel Macron, la force de Thiam pour évincer Ouattara ?
La candidature de Tidjane Thiam est au centre du jeu entre la France et la Côte d’Ivoire, notamment en raison d’un possible rejet de la candidature de l’ancien président de Crédit Suisse. Craignant une volonté de l’exclure de la course comme Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé et Guillaume Soro, Paris s’active en coulisses pour éviter un scénario d’invalidation de la candidature de Thiam. Emmanuel Macron, convaincu qu’un scrutin ouvert renforcera la légitimité du processus démocratique en plus de consolider la position de la France, a entrepris des manœuvres diplomatiques discrètes.
Comme en 2011, où la France de Nicolas Sarkozy pesait sur les décisions concernant la Côte d’Ivoire, Macron mobilise ses réseaux pour faire plier Alassane Ouattara. Comme révélé par Africa Intelligence, le chef de l’État français a plaidé auprès de Macky Sall, ex-président sénégalais, pour qu’il intercède auprès d’Alassane Ouattara. Avant l’option de l’ancien Président sénégalais, il avait déjà commis Nicolas Sarkozy à la tâche pour faire plier son ami Ouattara, sans trop de succès. Cette implication de Macron dans les affaires ivoiriennes rappelle les pressions exercées par Sarkozy en son temps sur la scène internationale pour légitimer Ouattara après la crise post-électorale de 2010-2011.
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Cependant, Ouattara n’apprécie guère ces ingérences, tout comme Gbagbo à l’époque. Son irritation face au fort intérêt de Macron pour Tidjane Thiam est palpable. Loin d’être une simple question électorale, cette tension révèle un enjeu géopolitique plus large, où Paris, pour maintenir son influence sur son ancien pré carré, semble avoir opéré un choix autre que celui de Ouattara.
Si Sarkozy a réussi à faire triompher Ouattara, Macron parviendra-t-il à imposer Thiam ? L’élection présidentielle ivoirienne de 2025 pourrait bien être un nouvel épisode de l’ingérence française en Afrique, avec un remake aux allures de déjà-vu. Avec l’insistance de la présidence française de plus en plus visible, tout porte à croire qu’elle ne reculera devant rien pour donner au candidat du PDCI RDA toutes les chances de devenir le prochain président de la Côte d’Ivoire.
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Pour l’heure, les options semblent se porter sur des tractations diplomatiques. Les prochaines actions pourraient prendre la forme d’une offensive bien plus frontale, visant la délégitimation du président du RHDP avant le scrutin. Et les options sont nombreuses. Elles vont de son non-respect de la Constitution ivoirienne en 2020 à l’éventualité d’un procès pour rébellion. Plus encore, les nombreux détournements de deniers publics dénoncés, y compris par Joël N’Guessan, un cadre du RHDP, qui évoque la somme de 1 200 milliards de francs CFA par an, pourraient contribuer à ternir le bilan de la gouvernance Ouattara.